« Tokenisation » : un mot à proscrire pour désigner « l’innovation » ?

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Au cours des dernières années, la technologie blockchain est passée du statut d’innovation marginale, étroitement associée au monde des cryptomonnaies, à celui de l’un des domaines suscitant le plus d’intérêt auprès des principales institutions financières mondiales. Les banques d’investissement, les gestionnaires de fortune, les infrastructures de marché et les autorités de régulation étudient en effet comment utiliser cette technologie pour moderniser l’architecture des marchés financiers, dans le but de réduire les coûts d’exploitation, d’accroître l’efficacité des processus et de permettre la négociation d’instruments financiers de manière continue et automatisée.

Cette évolution marque un changement significatif par rapport à la perception que le secteur s’était forgée au cours des années qui ont suivi la naissance du Bitcoin. Pendant plus d’une décennie, la blockchain a été généralement associée aux cryptomonnaies et à la forte volatilité qui a caractérisé ces marchés. Les nombreuses crises qui ont secoué le secteur, la faillite d’acteurs majeurs et l’absence d’un cadre réglementaire suffisamment défini ont contribué à maintenir les institutions financières traditionnelles sur des positions prudentes : la technologie était souvent considérée comme prometteuse sur le plan théorique, mais encore immature pour des applications systémiques sur les marchés réglementés.

Ces dernières années, ce scénario a progressivement évolué. L’évolution réglementaire dans de nombreuses juridictions, l’intérêt croissant des banques centrales pour les monnaies numériques, la généralisation des stablecoins et surtout le développement de ce qu’on appelle la « tokenisation » des actifs financiers ont remis la blockchain au centre de l’attention des acteurs institutionnels. En particulier, l’intérêt de la finance traditionnelle ne porte pas tant sur les cryptomonnaies en tant que nouvelle classe d’actifs, que sur la possibilité d’utiliser l’infrastructure blockchain pour représenter numériquement des instruments financiers déjà existants et d’automatiser leur cycle de vie.

Cette évolution est bien illustrée par l’article « Wall Street learns to love blockchain », publié cette semaine par le Financial Times. L’article décrit comment de nombreuses institutions financières — parmi lesquelles de grandes banques internationales, des gestionnaires d’actifs, des bourses et des sociétés gérant les infrastructures de compensation et de règlement — investissent des centaines de millions de dollars dans le développement de plateformes basées sur la blockchain. Selon les auteurs, ce phénomène pourrait transformer en profondeur le fonctionnement des marchés financiers, en permettant la négociation en continu des instruments financiers, l’automatisation de nombreux processus administratifs et une réduction significative des délais de règlement des opérations.

Cependant, l’intérêt croissant pour la blockchain n’implique pas nécessairement l’adoption de la philosophie d’origine qui a inspiré la création du Bitcoin. Le projet élaboré par Satoshi Nakamoto en 2008 avait pour objectif la création d’un système monétaire « sans confiance », c’est-à-dire capable de fonctionner sans recourir à des intermédiaires centraux. La blockchain utilisée aujourd’hui par la finance institutionnelle poursuit en revanche des objectifs différents : les banques, les gestionnaires de fortune et les émetteurs continuent de jouer un rôle central dans l’émission, la conservation et la gestion des instruments financiers. Ce qui change, c’est principalement l’infrastructure technologique utilisée pour enregistrer la propriété des actifs et automatiser certains processus opérationnels.

En ce sens, la blockchain ne remplace pas le système financier existant, mais se présente comme une évolution possible de ses infrastructures. L’innovation ne réside pas dans la suppression des intermédiaires, mais dans leur intégration au sein d’un écosystème numérique caractérisé par une plus grande programmabilité, une meilleure interopérabilité et des délais d’exécution nettement plus courts que ceux des architectures traditionnelles.

L’objectif du rapport téléchargeable sur notre site est d’analyser de manière critique cette évolution, en illustrant les principes de la tokenisation des actifs financiers, le rôle des contrats intelligents, les caractéristiques des principales blockchains publiques ainsi que les risques technologiques et systémiques associés à leur diffusion croissante sur les marchés financiers.


Avertissement
Le présent article exprime l’opinion personnelle des collaborateurs de Custodia Wealth Management qui l’ont rédigé. Il ne s’agit ni de conseils ni de recommandations d’investissement, ni de conseil personnalisé, et il ne doit pas être considéré comme une invitation à effectuer des transactions sur des instruments financiers.